Maîtrise de la donnée : un enjeu stratégique pour l’assurance

Maîtrise de la donnée : un enjeu stratégique pour l’assurance

Banque et strategie Vincent Daffourd

Maîtrise de la donnée : un enjeu stratégique pour l’assurance

Plus qu’une réponse aux contraintes réglementaires, la qualité de la donnée s’annonce comme le principal levier de croissance et d’innovation dans l’assurance. Les assureurs doivent placer au cœur de leur stratégie une véritable culture de la data, s’appuyant sur l’usage de la donnée réelle.

L’assurance a jusqu’à présent réussi à échapper aux innovations de rupture qui ont transformé au cours des dernières années les autres secteurs économiques et ont donné naissance à de nouveaux usages, de nouveaux profils de consommateurs, de nouvelles offres de service, de nouveaux circuits de distribution. C’est finalement la croissance exponentielle des flux d’informations échangées qui vient bousculer le monde de l’assurance.

La donnée : une arme de conquête…

L’entreprise intelligente est celle qui sait utiliser son capital métier, la mémoire et l’exploitation de l’acquis – données et process. L’assurance est un secteur qui, typiquement, conjugue au présent l’analyse et l’exploitation du passé, pour distribuer des contrats dont les tarifs sont établis par projection et extrapolation des tendances sur l’avenir, susceptibles de garantir ainsi la prise de risque.

Une arme de conquête majeure est dès lors à portée de main de tout assureur : la donnée de gestion présente dans ses bases, portée notamment par l’émergence de l’intelligence artificielle (IA), et dont la maîtrise offre l’opportunité au monde de l’assurance de sécuriser et d’accélérer sa transformation.

Les assureurs ont la chance de pouvoir bénéficier d’un nombre incalculable d’informations accumulées au contact de leurs clients et dans l’exercice de leur métier. Toutes les conditions sont donc réunies pour qu’ils puissent réussir leur révolution. Pour ce faire, il leur faut cesser d’opposer une vision d’avenir déconnectée de leur histoire, et de concevoir le réglementaire comme une contrainte onéreuse. Il s’agit au contraire d’un investissement qui contribue à défendre un marché en train de devenir extrêmement concurrentiel. Il faut par exemple saisir l’obligation de conformité comme une opportunité. La réglementation exige des assureurs qu’ils maîtrisent leurs données, sur le plan qualitatif comme sur celui de la sécurité.

…et un carburant

La donnée est le seul et unique carburant dans le secteur de l’assurance, d’un bout à l’autre de la chaîne de valeur. Investir dans la maîtrise de la donnée dans un seul but de conformité serait se priver de l’intérêt majeur qu’elle représente, comme marqueur du temps. L’assurance consiste à garantir la couverture d’aléas à venir par des cotisations encaissées aujourd’hui et mobilisables dans l’avenir, à leur survenance. L’optimisation recherchée par un assureur tient dans la mobilisation de ses ressources pour réduire au maximum son ratio d’équilibre entre sinistres et primes. Cela passe à la fois par un développement de la base mutualisée et par une appréciation plus fine de la sinistralité.

La réduction du risque sera possible selon le type de risque, grâce à des opérations de prévention et de sécurisation – par exemple dans le cas des accidents du travail, qui ne sont réalisables que grâce à une appréciation fine des indicateurs. Il devient possible, par des outils d’analyse adaptés, d’enrichir des bases plus importantes et d’identifier des comportements ou situations sur lesquels intervenir en prévention, et ainsi contribuer à améliorer sa rentabilité.

Connaître les ruptures de la chaîne opérationnelle

La course à la croissance a généré une complexification des circuits de distribution. L’ouverture du marché à la concurrence inter-codes a par exemple poussé les assureurs à externaliser leur distribution sur les marchés qu’ils ne maîtrisent pas… lire la suite